Le Château de Beausart et sa chapelle
L’histoire du Château de Beausart, situé dans le hameau de Gottechain (Bossut-Gottechain), est celle d’un domaine familial qui a évolué d’une seigneurie médiévale vers une élégante demeure néo-classique.
Origines médiévales et seigneuriales
- Chapelle de 1155 : Les origines du site remontent au 12ème siècle avec une chapelle dédiée à Sainte Gertrude, mentionnée dès 1155.
- Un ensemble dont les traces remontent à la donation en 1155 du domaine par l’abbaye de Nivelles à celle d’Aulne. L’abbaye d’Aulne se trouve à l’ancienne commune de Gozée, commune de Thuin dans le Hainaut.
- Seigneurie du Sart : Le nom de « Beausart » apparaît plus tardivement. Au Moyen Âge, le domaine était le centre d’une seigneurie importante dotée des droits de haute, moyenne et basse justice.
De la famille Van Dormael aux Roberti de Winghe : Le château a changé de mains par alliance matrimoniale au XIXe siècle.
- Propriété des Van Dormael : Le domaine appartenait initialement à la famille Van Dormael. Beausart fut au lendemain de la Révolution française mis en vente par les révolutionnaires à titre de bien national. Beausart fut acquis par le fermier Grégoire Van Dormael. A savoir le beau-père du notaire Guillaume Roberti de Louvain et donc l’arrière-arrière-grand-père du châtelain Paul Roberti de Winghe.
- Alliance Roberti : En 1826, le mariage d’Anne-Marie Françoise Van Dormael avec Guillaume Roberti (notaire à Louvain) fait passer le château dans la famille Roberti de Winghe, qui en reste propriétaire jusqu’à aujourd’hui.
Construction et architecture actuelle
Famille de Spangen : Cette famille noble a possédé la seigneurie de Bossut à la fin du XVIIe siècle et a laissé ses armoiries sur plusieurs monuments de la région. La famille de Spangen est une lignée de la haute noblesse, originaire des Pays-Bas (seigneurie de Spangen près de Rotterdam), qui a exercé une influence majeure sur la seigneurie de Bossut avant le XVIIe siècle. Avant 1644, ils détenaient la seigneurie de Bossut, représentant la « noblesse d’épée » traditionnelle et féodale de la région. Bien que la seigneurie soit passée à la famille de le Roy (noblesse de robe) au milieu du XVIIe siècle, les de Spangen sont restés liés au territoire par des alliances matrimoniales, notamment avec la famille d’Amezaga, fusionnant ainsi les lignées espagnoles et brabançonnes.
Autres familles liées à Beausart :
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- Famille d’Amezaga : Leur blason comporte un arbre de sinople (vert) sur champ d’argent, rappelant leurs origines basques. Ils se sont alliés aux de Spangen à la fin du XVIIe siècle.
- Famille de le Roy : Cette famille de la « noblesse de robe », qui a succédé aux de Spangen à Bossut en 1644, porte des armes souvent représentées avec des chevrons ou des fleurs de lys selon les branches. Ces symboles sont encore visibles sur certaines dalles funéraires ou pierres de fondation dans l’église de Bossut.
Le bâtiment que l’on voit aujourd’hui est le fruit de transformations majeures au 19ème siècle :
- Style néo-classique : Guillaume Roberti construisit le château vers 1860. Un château néoclassique que le fils de Guillaume, le sénateur notaire Jules Roberti hérita en 1863 de son oncle Henri Joseph Van Dormael. La demeure actuelle est une construction élégante en briques et pierre blanche, aménagée principalement entre 1860 et 1873.
- Le château-ferme : Le site forme un ensemble architectural remarquable comprenant le château, une ferme en quadrilatère typiquement brabançonne (accessible par un porche-colombier) et l’ancienne chapelle.
Un domaine préservé
- Superficie : En 1973, le domaine couvrait encore environ 200 hectares, dont 130 hectares de terres cultivées et 70 hectares de bois.
- Patrimoine classé : La ferme-château de Beausart est aujourd’hui inscrite à l’inventaire du patrimoine culturel immobilier de Wallonie.
Le château a été la résidence de Paul Roberti de Winghe (1933-2015), dernier bourgmestre de Bossut-Gottechain avant la fusion des communes. Le domaine reste une propriété privée, célèbre pour sa drève de grands arbres et son intégration dans le paysage rural de Grez-Doiceau.
Voici les précisions sur les édifices religieux liés à Beausart et Bossut :
- La Chapelle de Beausart : À l’origine, et d’après les relevés topographiques anciens et les récits liés au domaine, l’emplacement originel de la chapelle se situait sur une légère éminence au cœur des terres cultivées, à environ 300 à 400 mètres au sud-est de l’actuel château, vers ce qu’on appelle encore parfois le « Champ de la Chapelle ». C’est un petit sanctuaire privé de style néo-gothique, reconstruit au 19ème siècle par la famille Roberti de Winghe. Elle servait d’oratoire pour les habitants du château et du hameau. L’inventaire du patrimoine wallon la mentionne comme faisant partie de l’ensemble de la ferme-château.
- Jules Marie Joseph Lucien Ghislain Charles Maximilien Ignace ROBERTI de WINGHE. Né le 21 mars 1887 (lundi) à Leuven. Décédé le 20 juin 1961 (mardi) à Bossut-Gottechain. Inhumé en 1961 à Bossut-Gottechain. Notaire.
- Maximilien Eugène Roberti ROBERTI de WINGHE (Baron Roberti de Winghe) (fils de Jules Marie Roberti de Winghe). Né le 17 septembre 1923 (lundi) à Leuven. Décédé le 17 janvier 1988 (dimanche) à Woluwe-Saint-Lambert. Inhumé à Bossut-Gottechain. Avocat.
- L’emplacement d’origine : La chapelle primitive (mentionnée dès 1155) était située à l’extérieur des murs, au milieu des terres agricoles du domaine. C’était un sanctuaire champêtre typique du Moyen Âge, servant de point de repère dans le paysage de Bossut-Gottechain.
- La reconstruction au XIXe siècle : Lors des grands travaux de modernisation du Château de Beausart entrepris par les Roberti de Winghe (notamment vers 1860-1870), la décision fut prise de « rapatrier » le lieu de culte.
- L’intégration à la ferme : La chapelle a été rebâtie directement dans l’aile de la ferme. Ce déplacement explique son aspect actuel : elle a perdu son allure de petit édifice autonome pour devenir un espace sacré intégré, se fondant dans l’architecture en briques du quadrilatère.
- Intégration architecturale : La chapelle est effectivement située à l’intérieur du corps de logis ou d’une aile de la ferme en quadrilatère. Contrairement aux chapelles isolées, ses ouvertures sont des fenêtres adaptées à la structure du bâtiment agricole ou résidentiel, souvent avec de simples carreaux ou des verres translucides pour laisser passer la lumière tout en restant discrètes.
- Fonction d’oratoire : Puisqu’elle est « dans la ferme », elle servait d’oratoire domestique pour les propriétaires (les Roberti de Winghe) et les ouvriers agricoles. Cela permettait de sanctifier le lieu de travail et de vie sans avoir besoin d’une structure extérieure imposante.
- Détails intérieurs : Il y a un vitrail rond (Opulus), la décoration se concentre généralement sur l’autel, des statues de dévotion ou des éléments en bois sculpté. Elle reflète la piété de la famille Roberti, dont la devise est « Sperans in Deo ».
- Patrimoine : Cet ensemble (château, ferme et chapelle intégrée) est reconnu comme un site d’un grand intérêt historique, dont les origines remontent à 1155. Le site est répertorié à l’Inventaire du patrimoine immobilier culturel de Wallonie sous l’appellation « Château-ferme de Beausart » (fiche n° 25037-INV-0032-02).
Les vestiges physiques de la chapelle
Aujourd’hui, il ne reste aucune élévation visible à cet endroit. Cependant :
- Lors des labours profonds au siècle dernier, les agriculteurs (notamment sous l’époque de Paul Roberti) ont souvent remonté des fragments de pierre de Gobertange(pierre blanche locale) et des morceaux de tuiles médiévales, témoins des fondations de l’édifice de 1155.
- Le site est encore identifiable par une légère modification de la couleur de la terre à cet endroit précis.
Pourquoi ce lieu ?
La chapelle était placée à cet endroit car elle marquait la limite de la « Seigneurie du Sart ». À l’époque médiévale, ces édifices servaient de bornes spirituelles et territoriales.
La trace dans le paysage
Bien que la chapelle soit maintenant « enfermée » dans les murs de la ferme de Beausart, sa trace subsiste dans la toponymie :
- Les anciens plans cadastraux du 19ème siècle mentionnent encore le lieu-dit comme étant la terre de la chapelle.
- Elle faisait face à l’ancienne drève qui menait directement du château vers les bois et les champs, un axe que Paul Roberti a toujours tenu à préserver. La ferme, typique de l’architecture rurale brabançonne, est accessible par un porche-colombier daté de 1726.
C’est d’ailleurs ce déplacement qui explique pourquoi la chapelle actuelle, intégrée au bâti, semble si « secrète » et dépourvue de façade monumentale : elle est devenue une chapelle domestique pour protéger les habitants, tout en libérant les terres agricoles pour la culture.
